Dossier : Congé paternité
Le congé paternité

Faut-il le rendre obligatoire ?

Si la majorité des pères prennent le « congé paternité », (les trois jours de congé employeur et les onze jours légaux de sécurité sociale), ils sont encore 30 % à ne pas en bénéficier. Faut-il le rendre obligatoire ?

La paternité une question de temps ou de compétence ?
Les enquêtes montrent que l’implication des pères auprès de leurs enfants a peu augmenté en terme de temps passé avec eux par rapport aux générations précédentes. Cette moindre participation se dessine dès la naissance. Si la majorité des pères prennent le « congé paternité », ils sont encore 30 % à ne pas le prendre.

Rallonger le congé paternité ?
L’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) préconise l’allongement du congé paternité et de le porter à trois voire quatre semaines pour favoriser l’égalité professionnelle. « Pour que l’égalité femme-homme puisse se développer, il est impératif que les pères fassent leur part et prennent leurs responsabilités ». « C’est pourquoi ce congé pourrait être rendu obligatoire », préconise l’IGAS.
Pour l’UNAF, ( Union nationale de associations familiales), la question est complexe. « Le congé paternité sous sa forme actuelle n’est pris que par 68 % des pères », souligne Guillemette Leneveu, directrice générale de l’UNAF. « S’il est pris à 88 % dans la fonction publique et à 80% pour les CDI du privé, 32 % des indépendants seulement en profitent. S’il est allongé, seule une partie des pères qui ont un emploi stable et à durée indéterminée en profiteront.

 

Dossier : Congé paternité
Interview : Serge Hefez

"Les hommes doivent se réinventer"

Serge Hefez est Psychiatre et Psychanalyste. Il a publié de nombreux ouvrages sur les questions relatives au couple et à la famille. 

Le congé paternité : faut-il le rendre obligatoire et rallonger sa durée ? 

 Pour moi, il est très important que ce congé soit partagé, car il est un facteur d’égalité très puissant entre les sexes. C’est autour des questions de grossesse et de maternité, que se jouent quasiment tous les facteurs d’inégalités entre les hommes et les femmes, ainsi par exemple pour les carrières professionnelles. Mais c’est aussi primordial par rapport à ce qui se joue autour de l’enfant. C’est réellement dès les premiers contacts avec l’enfant, que se crée un lien d’attachement extrêmement fort, laissant l’opportunité à l’enfant de tisser un lien d’attachement de très bonne qualité avec son père.

Lorsque le père est impliqué dans la petite enfance et que le lien se tisse très tôt, le risque de perdre ce lien avec l’enfant* en cas de séparation devient-il plus limité ?
Beaucoup de statistiques l’ont démontré. Moins le père est impliqué auprès de l’enfant, dans les soins, dans sa relation avec l’enfant, plus le risque d’éloignement, voire de rupture, en cas de séparation est grand. Cela se traduit également avec les systèmes de modes de garde, qui relèvent des mêmes enjeux. La question de la garde alternée est à ce titre extrêmement importante et à valoriser autant que faire se peut.

Pour extrapoler sur le congé parental pris par seulement 4 % des pères. L’inégalité salariale entre les hommes et les femmes est elle un élément d’explication ?
Oui, mais beaucoup d’autres facteurs rentrent en ligne de compte. Tout d’abord, les questions de mentalités. Ce bouleversement de la paternité, qui a vu l’intérêt des pères pour la toute petite enfance se développer, est très récent. C’est une longue avancée, amorcée dans les années 70, qui a vu valoriser la complémentarité des rôles parentaux, jusque-là extrêmement codifiés, entre les hommes et les femmes. C’est très récent par rapport à ce qu’est « la force des mentalités ».

Compétences paternelles, compétences maternelles, et s’il s’agissait plutôt de compétences parentales ?
Oui. C’est davantage de cela dont il est question aujourd’hui. Les compétences parentales se « neutralisent » et se fluidifient de plus en plus. Elles apparaissent de moins en moins, comme étant sexuées.

 

 

Reconnaître le père dans le monde du travail
Pour l’UNAF, la reconnaissance du rôle de père dans le monde du travail doit aussi se poser pour tous les aménagements liés à la vie familiale. Les pères subissent une pression qui les empêche de poser des congés : s’arrêter « pour pouponner » est interprété comme le signe d’un manque de motivation, informe Guillemette leneveu qui pose aussi la question du financement « Aujourd’hui, la Sécurité sociale indemnise les pères, jusqu’à un certain plafond. Si le congé passe par exemple à quatre semaines, qui le prendra en charge ? Certaines entreprises compensent le manque à gagner pour maintenir le même niveau de salaire, mais c’est loin d’être la norme. Or, pour certains foyers, cette baisse de revenu sera un frein. »

 

 

 

La parité hommes femmes, obligent les hommes à s’interroger sur leur vision du masculin, les obligeant à se réinventer ?

Les hommes doivent se réinventer, comme les femmes elles-mêmes se sont réinventées, depuis deux ou trois générations. Elles se sont intéressées à leur statut (de femme, de mère), alors que les hommes, eux, restaient muets sur leur identité. Partant d’une position de dominées, les femmes ont interrogé la nature du féminin et la nature des compétences féminines. Les femmes ont accru leurs compétences, elles ont continué à rester des mères pour leurs enfants, mais elles sont aussi devenues des individus, de plein droit dans le champ social. Pour les hommes, le questionnement doit être le même car ils ne peuvent rester dans le satut quo, ni ne le souhaitent pour la plupart. Cela les amène à repenser le champ de leurs investissements (privés comme publics) et de leurs différents rôles dans la société. A partir de là ils développent de nouvelles compétences qui ne diminuent en rien leurs capacités d’entreprise, de décision, mais les ouvre à regarder différemment la relation parents-enfants et à prendre une place plus importante dans l’éducation et le soin quotidien de
leurs enfants.

Le congé parental des pères favorise-t-il un rapprochement du couple du fait d’une meilleur compréhension des tâches ?

Incontestablement. Les parents partagent des expériences communes autour du bébé. Ils apprennent ensemble. L’instinct maternel, ce n’est pas dans les gênes. Cela s’apprend au contact de l’enfant. Les parents apprennent quelque chose sur euxmêmes, autour de quoi ils peuvent échanger. Cela pouvant consolider leur propre relation.

 

 

*40 % des pères ne voient plus leur(s) enfant(s) ou très rarement après la rupture.