Service de l’UDAF
Familles gouvernantes

"Lutter contre l'exclusion des personnes vulnérables"

Reportage : Familles gouvernantes” est un dispositif d’insertion par le logement accompagné pour des personnes en situation de handicap psychique. Le projet de l’UDAF a pu voir le jour à force de ténacité. Pour permettre l’accès à une vie plus autonome, les locataires bénéficient des services d’une équipe de « gouvernantes », constituée d’auxiliaires de vie sociale et de techniciennes de l’intervention sociale et familiale. En mars 2018, les premiers résidents ont été accueillis dans leurs logements « auto-financés » à Coutances. 

La proximité du centre ville

Les premiers résidents ont emménagé dans leurs logements à Coutances. Quatres maisons mitoyennes, dans une rue à proximité du centre-ville, à quelques encablures de la cathédrale. Les petites maisons d’habitation, décorées par du mobilier moderne, avec des éclairages chaleureux, sont proches des lieux d’animations et de socialisation. M. L., bénéficiaire du dispositif Familles gouvernantes, apprécie cette proximité avec le centre-ville. « J’ai pris une carte à la médiathèque, la première en cinquante ans ». Il est fier de sortir de sa poche, sa carte magnétique flambant neuve, avec son nom écrit dessus. « Nous y allons  souvent avec M. V. », son colocataire, avec qui il partage les repas du midi et du soir. « Nous nous sommes connus dans un foyer d’accueil temporaire. Lui était sans domicile fixe, moi je cumulais les familles d’accueil depuis 1998 ».

L’année où tout bascule.

Les années 90, justement des années sombres pour M. L. En 1993, précisément, l’année où tout bascule. Un drame familial, avec la perte d’un de ses enfants, « tué accidentellement  ». Ensuite, c’est la descente aux enfers : l’addiction à l’alcool qui emporte tout sur son passage. Ses enfants sont placés, un divorce dans la douleur et ses parents qui décèdent dans la foulée : plus de famille, « plus de boulot » et un accident de la route qui l’envoie dans le coma. « J’étais ivre, une voiture m’a percuté à 110 kms/heure sur une départementale ». S’ensuit deux mois en réanimation, et un an dans un centre de rééducation fonctionnelle. M. L. en gardera des séquelles à vie, avec des troubles psychiques irréversibles. Dans l’impossibilité de faire seul, et « sans famille », en 1998 M. L. est placé sous mesure de protection. Il vit au sein de familles d’accueil et des foyers d’accueil. « Cela fait cinquante ans que je navigue chez les uns et chez les autres, je suis fatigué, ici je me repose enfin. Les foyers d’accueil temporaire ça dure trois mois, et après rebelote, il faut trouver des solutions. C’est comme un puit sans fond ».

Je me sens libre, car ici, je suis chez moi

« Ici, on choisit l’heure où on se couche, et l’heure où on se lève. Je me sens plus libre car en fait ici, je suis chez moi ». M. L. participe au paiment du loyer, pour la partie du logement qu’il occupe. C’est l’UDAF qui est locataire. M. L. perçoit la PCH (prestation compensatoire du handicap) qui sert à rémunérer les interventions des aides à domicile. Ses autres ressources servent à financer les soins de santé, et les frais d’alimentation. « En début de semaine, nous faisons les courses avec l’auxiliaire de vie sociale, on fait le point sur le quotidien ». Un quotidien que les résidents avaient longtemps fuit et qu’ils réapprennent à vivre, en qualité d’acteur, avec l’aide des gouvernantes.

Le soutien des auxiliaires de vie

Les gouvernantes interviennent à tour de rôle au domicile des résidents, sept jours sur sept. Le matin de 8h30 à 12h30, et le soir de 18h30 à 20h30. « Elles sont présentes au moment des repas, elles nous font la cuisine, mais c’est nous qui faisons la vaisselle et qui mettons la table avec mon camarade ». Son camarade, c’est M. V. qui est monté se coucher quelques minutes plus tôt. « il en a pour quelques temps, c’est le nouveau traitement ». Un traitement médicamenteux lourd, mais qui le maintient dans une certaine stabilité psychique. « M. V. était habitué aux allers retours en hôpital psychiatrique », explique sa mandataire. « Livré à lui-même, avec des difficultés à maintenir une vie sociale stable, sans médicament, il mettait sa vie en danger. ». ici, Monsieur V. suit son traitement, « mais chez lui pas en établissement ». Chaque début de semaine, une infirmière du Centre de soins de Coutances délivre les médicaments. Chaque résident gère sa propre boîte et ses propres prises. Les résidents sont responsabilisés sur leur traitement médical.

« Apprendre à faire, plutôt que de faire à la place »

Le but explique Sophie Cohen, référente UDAF du dispositif, c’est d’amener les personnes à l’autonomie, et qu’ils puissent vivre seules un jour dans leur propre logement. « Apprendre à faire plutôt que faire à la place ». Dans la cuisine, sur le grand tableau blanc suspendu au mur est écrit au stabylo rouge, « les choses importantes à faire dans la semaine ». Un rendez-vous médical, la liste des courses et le planning des repas. Les repas sont des temps collectifs, et se partagent à tour de rôle chez les uns ou chez les autres. « On partage nos repas, avec l’ensemble des résidents, mais on partage aussi nos vies, ça fait du bien, ça requinque l’existence”

 

Interview : Sophie Cohen, est réferente UDAF du dispositif Familles gouvernantes

 

Quel est le but de familles gouvernantes ?

Cette réponse associative souple et concrète permet de rompre l’isolement et de maintenir dans le tissu social, des personnes fragiles voire marginalisées. Le but est de conduire les personnes vers l’autonomie, tout en luttant contre l’exclusion des personnes vulnérables et leur permettre l’accès au logement. Le dispositif déjà expérimenté dans d’autres départements, a permis à des nombreux résidents d’occuper dorénavant un logement seul.

Qui peut être accueilli ?

il faut être âgé(e) d’au moins 25 ans. Les personnes pouvant intégrer le logement doivent remplir les conditions d’attribution de la prestation de compensation du handicap (PCH). Ce sont les usagers, qui financent leurs loyers, avec leurs ressources. Cette solution de logement accompagné est peu coûteuse. En moyenne, le coût d’une hospitalisation avoisine les 400 euros/jour, là nous sommes autour de 28 euros. Concernant l’admission, les dossiers de candidatures sont présentés à une commission, où siège l’UDAF et les différents partenaires.

Qui sont les partenaires ?

L’UDAF a initié le projet avec l’aide de l’UNAF, du Conseil départemental de la Manche et la Fondation CHS Bon Sauveur. Dans le cadre du dispositif, des conventions de partenariat ont été conclues avec le Conseil départemental de la Manche, la Fondation CHS Bon Sauveur, ADESSA Domicile Manche, le Centre de soins de Coutances.

Quel est le rôle de l’UDAF ?

L’UDAF est locataire des logements. Les espaces communs ont été aménagés par l’UDAF. Par ailleurs, l’UDAF gère l’organisation du dispositif et s’assure de la coordination entre les différents partenaires.

 

infos pratiques : 

udaf 50  
291, rue Léon Jouhaux
50000 Saint-Lô
02 33 57 92  25 – famillesgouvernantes@udaf50.fr

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