Enfants
Je joue donc je suis

L’IMPORTANCE DU JEU : Dans le jeu, l’enfant joue son vécu. “En observant son enfant jouer, on comprend mieux ce qu’il vit”. Rencontre avec Emmanuel Guitton, psychothérapeute de l’enfant, qui pratique la thérapie par le jeu.

Dans le jeu, l’enfant joue sa vie

Depuis plusieurs années, le psychothérapeute Emmanuel Guitton intervient à Caen, auprès d’enfants en difficultés, en les observant jouer. “En jouant, l’enfant va reproduire sa vie. Il reprend en action son vécu”. Le jeu est son laboratoire : “c’est-àdire que l’enfant travaille toujours sur lui quand il joue”. Il va comprendre grâce à son jeu, ce qu’il vit, comment il réagit.

Le jeu est un rêve éveillé

A travers un site internet “l’enfant et son jeu” et un livre en préparation, Emmanuel Guitton veut vulgariser la puissance du jeu et aider les parents à mieux comprendre leurs enfants. “Le jeu traduit le comportement de l’enfant. Le jeu permet à l’enfant de projeter les ressentis qu’il n’arrive pas à mettre en parole. L’enfant est toujours dans son rêve, il imagine tout le temps”. Le jeu est une ère de construction, une ère de refuge.

Instaurer des temps de réalités

“Mais le jeu ne doit pas se faire en excès. Il ne doit pas être là tout le temps, et c’est le propre des parents de veiller à cela”. Pour Emmanuel Guitton, il faut instaurer des temps de réalité. C’est-à-dire des temps de socialisation, d’intellectualisation, de sport, de concentration sur des apprentissages précis.

L’enfant autonome dans son jeu

Jouer avec son enfant ? “Oui quand l’enfant le réclame”.Toutefois, “on peut laisser l’enfant jouer seul, mais rester à proximité”. Être dans la même pièce ou pas très loin. “Laisser l’enfant libre dans son jeu mais accompagné”.

Pas assez de temps jeu !

“On est sur un vrai problème aujourd’hui”. Selon le thérapeute, le temps de jeu est de plus en plus limité, au fur à mesure des années qui passent, à l’école, le soir avec les devoirs qui n’en finissent plus. “On est sur des heures colossales d’intellectualisation, et l’enfant n’a plus de temps pour lui. Et cela peut provoquer des déséquilibres. Je pense qu’il faut respecter le jeu, laisser un temps pour jouer. Le jeu construit la pensée”.

Le libre choix du jeu

“On ne doit jamais imposer le jeu à l’enfant. C’est une règle d’or. Il faut laisser l’enfant libre de son jeu. L’enfant ne se trompe jamais sur le choix du jeu qui lui convient.

Comment acheter les bons jeux ?

C’est parfois un vrai casse tête chinois. “On est aujourd’hui dans une surconsommation, les publicitaires font malheureusement bien leur travail. Les chambres bondées de jeux, c’est parfois embêtant pour l’enfant, car il ne sait plus quoi choisir. On est parfois dans l’excès de tout. A Noël, certains enfants vont jouer davantage avec le carton, qu’avec le jeu. Il faut bien observer ce qui convient à son enfant”.

Jeu numérique ou jeu dans la chambre ?

Le premier fait-il de la concurrence au deuxième ? Pour le professionnel: “aujourd’hui oui”. Même s’il faut nuancer le terme de concurrence. “Le jeu numérique inquiète beaucoup les parents, mais il fait partie de l’évolution et on ne va y échapper. Le petit humain vit dans son siècle, au coeur de son actualité, il n’est pas question d’entraver ou d’interdire cette actualité. Le jeu numérique a des grandes qualités, pour la concentration etc. Toutefois le thérapeute émet quelques réserves. “Dans les jeux vidéos, l’imaginaire est fait à la place de l’enfant.” Mais après c’est toujours une question de dosage.

“De temps en temps c’est bien, tout le temps c’est grave”

A quatre ou cinq ans, “faire une heure de jeu vidéo par jour, c’est beaucoup trop. Un enfant qui est piégé dans le jeu numérique, c’est un enfant qui est piégé dans quelque chose qui n’est pas social. C’est-à-dire qu’il n’arrive pas à faire autre chose que se refugier dans son jeu”. Donc il faut être suffisament en présence pour surveiller ça. “Il ne faut pas interdire, mais en discuter”.

Etablir la régle avec l’enfant

Les règles doivent être amenées avec douceur, avec échange, avec discussion, avec compromis, “quand on cherche une règle qui s’établit avec l’enfant, l’enfant la respecte. Il faut parler avec ses enfants, communiquer”.