Dossier
 Mesure judiciaire d’aide au budget familial

Témoignage d'une famille

Témoignage:  En 2011, la famille  J . ne faisant plus face à des difficultés financières bénéficie  d’une mesure MJAGBF, prononcée par le juge des enfants.  La mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial (MJAGBF) a pour  but d’aider les parents confrontés à des difficultés de gestion du budget familial ayant des conséquences sur les conditions de vie des enfants. La gestion des prestations familiales est alors confié à un tiers. Retour sur l’Histoire de la famille J., qui nous livre son ressenti et comme elle a vécu cette mesure. 

cela nous a été utile pour remonter la pente”.

« Pour moi, ça signifiait qu’on allait nous prendre nos enfants ».

« Nous avons connu l’UDAF par le biais d’une assistante sociale, qui connaissait les gros problèmes financiers que nous avions. Au début, l’assistante sociale nous a pas très bien expliqué la procédure, même si cela faisait plusieurs années qu’elle nous aidait. Quand elle nous a expliqué qu’on allait nous mettre à l’UDAF, pour moi c’était : « on va nous prendre nos enfants ». Vous allez être à l’UDAF, c’est eux qui vont tout gérer et c’est eux qui verront par rapport à vos enfants. Pour moi, ça signifiait que l’UDAF allait nous retirer nos enfants et là, c’était non ! Je me suis mis en colère, je suis parti un peu « en flamme », il ne faut pas toucher à mes enfants !

Ensuite, l’assistante sociale a mieux expliqué les choses,  en nous disant que c’etait uniquement pour nous aider à mieux gérer notre budget familial, elle nous a dit comment cela allait se passer et après, nous avons compris, on était d’accord. A l’époque, la chose à faire pour nous aider, pour nous sortir de tout ça, c’était de faire appel à l‘UDAF. On a fait ça pour les enfants, car eux n’avaient rien demandé et nos soucis les pénalisaient. On essayait de ne pas trop montrer aux enfants nos difficultés, mais le plus grand s’en rendait compte. Quand il nous demandait des choses, on était obligé de dire que l’on n’avait pas beaucoup d’argent. Il venait avec nous à la Banque alimentaire ou au Resto du coeur et il n’est pas « fou ». Il a toujours su qu’on n’avait pas d’argent. C’était compliqué, pour les fêtes de fin d’année, de faire un petit cadeau.

« On sortait la tête de l’eau plus ou moins longtemps, et au final, on coulait »

Entre nous aussi, il y a eu des tensions, les problèmes d’argent ça joue mais le couple est solide. Aller au Resto du coeur, c’est une forme de honte. Je me disais qu’est-ce qu’on a fait pour en arriver là ? Ce n’est pas normal d’être obligé de quémander. C’est vrai, c’était dur !

La mesure date de 2011 : on n’y arrivait plus, il fallait qu’on nous aide. On n’avait pas d’emprunt mais des factures en retard : loyers, EDF… Nous étions menacés de coupure EDF et autres. On sortait la tête de l’eau plus ou moins longtemps, et au final, on coulait. On n’arrivait plus à remonter.

On n’avait presque plus de quoi acheter à manger et il y avait les enfants :  on n’était pas que nous deux. Il fallait absolument qu’on fasse quelque chose pour eux.

La misère ca a commencé en 2003, quand je suis tombé malade”

Monsieur : « La misère, ça a commencé en 2003 quand je suis tombé malade. Je suis reconnu travailleur handicapé, j’ai perdu mon travail.

Madame : « J’ai fait une fausse couche, moralement ça « mine ». Ensuite, j’ai mis du temps à redevenir enceinte, j’avais mis des oeillères et les factures s’accumulaient ».

A la fin, on touchait l’ASS : 450 €/mois (monsieur) et un salaire de 600€ (mi-temps de madame) + les allocs pour les 2 enfants.

Nous étions conscients, que la situation dans laquelle on était, était de notre faute.

Ne pas payer, laisser passer un peu les choses… on aurait dû essayer de demander des délais de paiement, réagir plus vite et demander de l’aide au lieu d’essayer tout seul, bêtement… !

La déléguée de l’UDAF  nous a bien aidé : rien qu’en parlant. On avait la tête dans l’eau. Savoir que quelqu’un était là pour nous épauler si on avait besoin, qui pourrait appeler, ça nous rassurait.

La famille ne nous pas laissé tomber, c’est très important”

A ce moment-là, on ne pouvait plus faire de courses, ma mère venait et disait viens, on va à Lidl, je te fais 100€ de courses ». Après, on remboursait un peu, quand on le pouvait. La mère de monsieur aussi nous a aidés, mais elle vivait plus loin. La famille ne nous a pas laissé tomber, c’est très important.

Des amis aussi nous ont aidés. On voit où sont nos vrais amis : ce sont ceux qui restent. Même quand on nous invitait, mettre du carburant dans la voiture, on ne pouvait pas !

Ce sont les gens qui nous invitaient, qui mettaient du carburant dans la voiture. On avait honte, forcément. Parfois, ils venaient manger à la maison et c’est eux qui amenaient le repas. Ils venaient avec le « cageot de nourriture ».

Même si ce n’est pas agréable, heureusement qu’on les avait. Sans eux, ça aurait été encore plus dur. Les gens comprenaient, ils connaissaient notre situation. Ils ne nous lâchaient pas.

Elle donnait les bons conseils et faisait les bons courriers. Nous, on ne savait pas quelles personnes appeler, elle si !

Dans mon esprit, si je le faisais, on allait me dire « non ». Au début, c’est la déléguée de l’UDAF qui appelait les créanciers, cela calmait les ardeurs de tout le monde.

On a déposé un dossier de surendettement qui nous a donné de l’air, beaucoup d’air. Plus tard, les dettes ont été épongées. La juge nous a dit « vous ne pourrez pas y arriver ».

La déléguée « touchait » les prestations, on voyait avec elle par rapport aux factures que j’avais, GDF Suez, l’eau…etc., et ce qu’il fallait pour manger. On voyait tout ce qu’il y avait à payer. Elle mettait l’argent sur un compte et ce qui restait était pour nous, pour les petits extras, si on peut dire. Elle nous envoyait l’argent sur notre compte. C’est elle qui, à partir du 10 du mois, payait les créanciers, les factures courantes… etc.

“on a réussi à parler de projets et à partir en vacances”

En début de mois, nous faisions le budget. Elle nous a montré une façon de faire qui est « superbe » et que l’on continue à utiliser maintenant que la mesure est finie. Maintenant on gère mieux.

Pendant deux ans, elle a été avec nous. Au bout d’un an et demi, nous avons demandé à ce que la mesure soit renouvelée. On a vu la juge à Coutances, qui est très gentille.Ça s’est très bien passé. Elle a compris qu’on avait encore besoin d’être aidé.

Nous étions bien partis, ça aurait été dommage d’arrêter et de se retrouver à nouveau en difficulté. Peut-être que l’on aurait réussi sans, mais c’était mieux comme ça. Ça nous a aidés, on a réussi à parler de projets et à partir en vacances, il y a deux ans. C’était la première fois.

Ensuite, le renouvellement de la mesure a duré 6 mois et comme ça marchait bien, nous avons décidé de l’arrêter. Nous n’en avions plus besoin et nous ne voulions pas être assistés toute notre vie.

Ce coup de main nous a été utile pour remonter la pente. Même moralement, l’aide de la déléguée a été importante. Quand ça n’allait pas trop, on l’appelait pour savoir comment il fallait faire et elle était toujours disponible. Si elle ne pouvait pas se déplacer, elle nous recevait au téléphone et cherchait toujours un arrangement pour que l’on se voit au plus vite.

Quand elle partait en vacances, elle nous disait qu’en cas de souci on pouvait appeler sa collègue qui était au courant. Ça a été une aide très positive. Pour nous, il n’y a pas de points négatifs.

A la fin de la mesure, nous n’avons pas pu aller au tribunal, j’ai téléphoné pour nous excuser et dire que la déléguée nous représenterait. Nous avons « galéré » mais nous sommes encore là, au moins, on peut être fier de ça !

Aujourd’hui, on ne doit plus rien à personne. On est à jour !

Maintenant, je travaille dans une usine en intérim, ma compagne travaille à mi-temps dans un restaurant en CDI. Mais dans mon usine, j’ai l’impression qu’il n’y a pas trop de boulot et ça me fait peur.

Quand je regarde en arrière, je me dis que quelque chose a dérapé à un moment ou à un autre. Après c’est plus pour les enfants qu’on s’est battus, on a fait ça pour eux. Les enfants ils n’ont rien demandé.

Aujourd’hui on est content de passer à la caisse quand on fait les courses. Même si ça coûte cher c’est mieux que d’aller aux restaurants du coeur.